
La fin d’un canal ≠ la fin du business.
Lis bien cette phrase. Parce que le 11 août 2026, ce n’est pas simplement une date de plus dans l’agenda législatif. C’est un tournant. À partir de cette échéance, le démarchage téléphonique commercial non sollicité sera interdit, conformément à la loi n°2025-594 du 30 juin 2025 publiée sur Légifrance.
Concrètement ? Tu ne pourras plus appeler un propriétaire qui a publié une annonce sur Leboncoin pour lui proposer tes services… sauf s’il a explicitement consenti à être démarché.
Le système change : on passe d’un modèle “opt-out” (le consommateur doit s’opposer) à un modèle “opt-in” (il doit accepter au préalable). Le site Ministère de l'Économie et des Finances l’indique clairement : sans consentement explicite, l’appel est interdit, sauf cas très encadrés liés à un contrat en cours.
Les sanctions ? Jusqu’à 75.000 € d’amende pour une personne physique et 375.000 € pour une entreprise.
Bloctel disparaît. L’opt-in généralisé devient la règle.
Pour beaucoup de mandataires, la pige téléphonique était un pilier. Ce pilier va tomber.
La vraie question n’est pas : “Comment continuer à appeler ?”
La vraie question est : “Comment continuer à générer des mandats sans dépendre d’un canal devenu obsolète ?”
Ne te trompe pas : ce n’est pas une simple contrainte administrative.
C’est un changement de paradigme.
Aujourd’hui, près de 45 000 mandataires indépendants opèrent en France et représentent plus d’un quart des transactions nationales. Dans un marché oscillant avoisinant le million de transactions annuelles selon les années, chaque mandat compte. Et le marché est déjà fragilisé par la baisse des volumes et la raréfaction de l’offre.
Historiquement, la pige téléphonique permettait une logique simple :
repérer une annonce → appeler → tenter de transformer.
Demain, cette mécanique disparaît.
La sollicitation individuelle cède la place à une logique d’attractivité.
On ne “prend” plus le mandat. On devient visible pour qu’il vienne à soi.
C’est inconfortable ? Oui. C’est stratégique ? Absolument.
Il faut sortir d’une illusion : le téléphone n’a jamais été l’unique moteur de performance.
Une étude récente realisée par Yanport montre que les agents jugent l’animation de leur réseau comme le levier le plus efficace et le moins chronophage (72%), devant le porte-à-porte ciblé (48%) et les appels (44%).
Autrement dit : même avant la réforme, d’autres leviers fonctionnaient déjà.
La différence ? Ils demandent plus de stratégie, plus de constance, plus de positionnement.
Le terrain ne disparaît pas. Il se professionnalise.
Le porte-à-porte massif et improvisé laisse place au ciblage précis : l’immeuble où trois ventes se sont faites, le quartier où les délais s’allongent, la rue où un DPE défavorable crée de l’inquiétude.
Tu ne frappes plus au hasard. Tu apportes une information.
Imagine cette scène :
— “Bonjour Madame, vous avez publié votre annonce il y a dix jours. Je ne vous appelle pas, rassurez-vous. Je me permets de vous rencontrer parce que j’ai vendu un bien similaire dans votre rue le mois dernier. Souhaitez-vous connaître le prix réellement signé ?”
Le vendeur te répondra peut-être :
— “Oui, je veux bien savoir.”
Ce n’est plus une sollicitation agressive. C’est une posture d’expertise.
Plus le démarchage téléphonique est interdit, plus ta présence en ligne devient stratégique.
Les Français consacrent en moyenne 1h33 par jour à TikTok, 1h16 à YouTube et 1h14 à Instagram. Les réseaux sociaux représentent environ 39% du temps de navigation en ligne.
Tes vendeurs sont là, tes acquéreurs sont là, ton marché est là ! Si tu n’y es pas, tu n’existes pas.
Il ne s’agit pas de “faire un post de temps en temps”, il s’agit de construire un système : un profil professionnel optimisé, une ligne éditoriale locale, des vidéos pédagogiques, un blog référencé en SEO sur “estimation appartement + ta ville”, des témoignages clients…
Tu dois passer d’un modèle d’interruption à un modèle d’inbound.
Le vendeur ne doit plus subir ton appel, il doit te trouver quand il se pose une question.
La réforme ne tue pas le téléphone, elle impose le consentement.
Comment faire pour le créer ?
Chaque contact doit devenir une relation autorisée
Ceux qui auront constitué une base solide de consentements continueront à appeler légalement. Les autres disparaîtront du radar.
La fin de la pige sortante pousse le secteur vers plus d’organisation collective.
Des plateformes émergent pour permettre le partage de mandats exclusifs et de mandats de recherche entre mandataires, tous réseaux confondus. C’est le cas de PIREN, qui propose un modèle simple : un mandataire conserve son mandat, un confrère apporte l’acquéreur.
Chacun reste dans son rôle, dans le respect de la loi Hoguet et de la déontologie.
Ce n’est pas qu’une innovation technologique, c’est une mutation culturelle.
Le réflexe “je garde tout pour moi” devient contre-productif dans un marché tendu. La coopération structurée augmente la probabilité de transaction.
Dans un contexte où chaque mandat est plus difficile à décrocher, mutualiser les opportunités devient une stratégie rationnelle.
N’attends pas août 2026 et commence déjà à transformer la contrainte en avantage compétitif :
Ton objectif : devenir la référence locale.
Demain, quand un vendeur dira : “Je cherche quelqu’un de sérieux pour estimer mon bien”, ton nom devra venir spontanément.
La réforme t’oblige à changer ton discours.
Avant : “Je vous appelle suite à votre annonce.”
Demain : “Vous m’avez contacté après avoir vu mes analyses du marché local.”
La différence est immense : dans le premier cas, tu interromps; dans le second, tu es choisi. Et lorsque tu es choisi, la relation change.
Le vendeur ne te voit plus comme un commercial insistant mais comme un expert identifié.
Le 11 août 2026 ne signe pas la fin de la prospection, il marque la fin d’une époque, la pige immobilière telle que tu l’as connue disparaît.
Mais le besoin d’accompagnement, d’expertise, de sécurisation des transactions, lui, ne disparaît pas.
La demande existe toujours.
À toi d’adapter ton modèle pour la capter autrement.
Parce que la vérité est simple : la fin d’un canal ≠ la fin du business.
C’est le début d’un nouveau standard.